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Retour sur les 40e rencontres universitaires de génie civi

01 juin 2022 Annuaire
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Comment est enseignée la transition écologique dans les formations ? C’est autour de cette question que s’est organisée, mardi 24 mai 2022, la première après-midi des 40e rencontres universitaires de génie civil. Accueillant environ 250 personnes, elles se déroulent jusqu’au 25 mai dans la métropole lilloise, à Villeneuve-D’Ascq sur le thème : « Le génie civil, en acteur bâtisseur des transitions écologiques, numérique et sociétale ». Aperçu des transitions en cours dans ce secteur plus habitué à calculer comment consolider un ouvrage béton plutôt qu’un biotope.

 

Alors que le discours prononcé lors de la remise des diplômes de l'école d'ingénieur AgroParistech dénonçant « une
formation qui pousse globalement à participer aux ravages sociaux et écologiques en cours » fait le buzz , les formations
universitaires de génie civil ont fait le point sur leurs pratiques en matière d'enseignement de la transition écologique .
Les jeunes étudiants ou diplômés du secteur du génie civil sont-ils armés pour comprendre les enjeux du changement
climatique, pour mettre en place de meilleures pratiques dans les entreprises qui les accueillent voire pour trouver des
solutions disruptives ?
 « Nous manquons énormément de de spécialistes de l'ACV ( NDLR Analyse du cycle de vie) », a souligné durant la table
ronde dédiée à la transition écologique Anne Ventura, directrice de recherche à l'université Gustave Eiffel.
A écouter les intervenants de cette après-midi dédiée à ces questions de maniement des concepts et des outils de la transition
un cap semble avoir été franchi. Les enseignements se multiplient, les entreprises changent de cap mais le nombre
d'enseignants chercheurs sur des questions devenues centrales reste insuffisant pour accompagner les nouveaux besoins
colossaux, aussi bien en recherche qu'en formation.

 

 70% des étudiants sont sensibilisés au développement durable durant leur
cursus
Ainsi, selon un sondage de l'Association universitaire de génie civil (AUGC) proposé à l'ensemble des formations en la
matière, près de 70% des étudiants sont désormais sensibilisés à la question du développement durable au cours de leur
cursus.
 Petit bémol cependant sur la question de la biodiversité, encore trop peu abordée . Et, face au manque de ressources de
formateurs en en interne, 70% des formations font appel à des intervenants extérieurs pour dispenser ces notions.
 Fresque climat
Un des outils plébiscités pour sensibiliser les étudiants est notamment la fresque climat. Ce serious game permettant de mieux
appréhender les mécanismes du dérèglement climatique et les effets induits grâce à un scientifique exigeant, rendu accessible
de façon assez ludique en seulement trois heures. 42 cartes issues du rapport du GIEC sont à placer sur une fresque
permettent d'induire les conséquences non maîtrisées (famines, guerres) du changement climatique.
A l'IMT Nord Europe par exemple, cette fresque est un point de départ d'un module Transition Écologique et sociale de 30h
en tronc commun : fresque + cours magistraux pluridisciplinaires + travaux de groupes sur des pistes de solution + TD de
discussion sur les sujets controversés.
Outre ce type de module participant à la culture générale de la transition écologique pour en montrer les enjeux, les matières
dites plus dures peuvent également intégrer ces notions. Comme le fait Alain Sellier de l'Université de Toulouse ,
(Laboratoire Matériaux et Durabilité des Constructions).


 Calculs impactés
A partir de données d'éboulement sur un ouvrage et en constatant une augmentation de leur fréquence liée au réchauffement
climatique, il explique que cela impacte les calculs de dimensionnement des ouvrages à ses étudiants.
« Désormais ce sont les jeunes qui choisissent les entreprises et non l'inverse . En étant en avance sur ces questions de
transition ils viennent chez nous plus facilement », a mis en avant Vianney Fullhardt, directeur de la transition énergétique et
du bas carbone chez Eiffage construction et représentant EGF BTP.
Pour lui des outils comme la fresque du climat ou du bâtiment sont des exercices intéressants. Ils doivent être couplés avec
des apprentissages d'outils plus opérationnels comme l'ACV : « Les jeunes ne doivent pas arriver avec des idées reçues mais
être capable d'opter par exemple pour le bon matériau au bon endroit , ce que permet cette culture de l'ACV ».
« Ces questions de transition doivent irriguer l'ensemble des disciplines enseignées. Ce n'est pas une matière mais un réflexe
», estime Estelle Evain, présidente de la délégation Hauts de France de l' AFGC qui ajoute que la fresque du climat est un bon
outil qui : « permet de remettre les choses dans l'ordre ». Pour elle c'est surtout au niveau des connaissances réglementaires
qu'il existe des trous dans la raquette des formations : « Un conducteur de travaux qui ne connaît pas l'existence de la loi sur
l'eau cela pose problème ».


Controverse
Pour Emeric Fortin, responsable des formations de Master et au développement durable à l'ENPC, la pédagogie par projet est
un bon vecteur pour permettre aux étudiants et aux enseignants de se challenger et de se former ensemble à ces nouveaux
enjeux. « Faire travailler les élèves sur des controverses est aussi intéressant », ajoute-t-il.
Par ailleurs les durées des formations n'étant pas extensibles, il imagine, plutôt que de devoir rogner sur certains
enseignements, que des modules de formation continue puissent être dispensés au fur et à mesure de l'évolution des salariés.
De son côté Vianney Fulllhart regrette que sur le terrain les élus ne soient pas assez formés à ces enjeux. « Par exemple,
limiter les surfaces de parking réduit les émissions de carbone et l'empreinte des projets. Mais beaucoup d'élus ne sont même
pas prêts à envisager une simple mutualisation ».
« Les entreprises sont force de proposition mais se trouvent confrontées à des cycles électoraux qui favorisent une vision à
court terme », regrette également Philippe Gotteland, directeur adjoint à la direction technique recherche de la FNTP. Il
constate que moins de cinq ans après leur arrivée dans la vie active beaucoup de jeunes sont tentés de se réorienter vers des
fonctions spécialisées « bas carbone » alors que tous devraient être en capacité d'agir, chacun à son poste, à l'émergence des
projets bas carbone.

 

 




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